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ANNE-SOPHIE NÉDÉLEC - "RADIUM GIRLS : L'AFFAIRE DES CINQ CONDAMNÉES À MORT"

"Il fit un signe et les ouvriers entreprirent d'ôter la partie supérieure de la boite. (...) Un mystérieux halo verdâtre émanait de sa peau abîmée, atténuant l'effet de décomposition global du cadavre. Son front était intact, mais le reste du visage n'était qu'un trou béant, comme si la pourriture qui grignotait ses mâchoires de son vivant avait gagné les joues jusqu'aux yeux." p.153


Ma découverte de l'auteure


Lorsque j'ai découvert la quatrième de couverture de ce roman historique, j'ai tout de suite su que je ne pourrais pas passer à côté de cette lecture. Anne-Sophie Nédélec y raconte l'histoire vraie des "Radium Girls" ; elle n'épargne rien au lecteur, retranscrit les faits de manière précise et y ajoute un soupçon émouvant d'humanité.

Je remercie donc cette auteure française pour l'envoi de son livre et sa confiance. Mais je la remercie surtout d'avoir mis ces femmes formidables en valeur et d'avoir su à la fois m'émouvoir et me révolter à travers ses mots.


Mon résumé


Alors que les États-Unis s’apprêtent à prendre part à la Première Guerre mondiale, le docteur Sabin von Sochocky met au point une peinture lumineuse à base de radium et se spécialise dans la production de montres aux chiffres visibles dans le noir. Pour honorer un carnet de commandes bien rempli, il emploie des centaines de jeunes ouvrières dans son atelier d'Orange, au New Jersey.

Quelques années plus tard, celles-ci commencent à développer d'étranges affections : maux de dos, douleurs dans les pieds, anémie, infections buccales, nécroses, saignements... Plusieurs d'entre elles y succombent tandis que les médecins consultés par les autres suspectent un empoisonnement au radium.

ATTENTION SPOILER : sans preuves et face à une société niant toute responsabilité, cinq ouvrières désormais condamnées à mort (Grace, Kathy, Quinta, Albina et Edna) se battent pour obtenir justice et dédommagement.


Les points positifs


Ce petit roman historique se compose de trente-neuf chapitres numérotés d'un maximum de dix pages. Des indications spatio-temporelles précises permettent au lecteur de naviguer à travers le temps, entre 1905 et 1937, et de se situer au cœur de l'action, d'abord à Paris puis aux États-Unis. Les divers événements et personnes présentés dans ce livre sont largement inspirés de la véritable histoire des Radium Girls, comme l'attestent mes multiples recherches sur Internet. Ces précisions ajoutent de l'authenticité au récit et provoquent chez le lecteur de nombreuses émotions.

Pour ma part, j'ai avant tout été très touchée par la vie de toutes ces ouvrières, même si le focus se pose particulièrement sur cinq d'entre elles. J'ai grandement apprécié ces femmes si fortes et fragiles à la fois ; même au plus bas, elles conservent dignité, chaleur et une petite note d'espoir tellement nécessaire. L'auteure présente également tout un maelström de personnages, parfois pour, et parfois contre le combat de ces femmes. Leur attitude est changeante et renforce encore l'impression d'isolement des "cinq condamnées à mort".

Cependant, j'ai également ressenti beaucoup d'incompréhension et de colère. Déjà pour le manque de considération exprimé envers les femmes, qu'elles soient instruites ou non. Aussi pour l'utilisation abusive et dangereuse d'une molécule si peu connue que l'était le radium. Mais surtout pour la négligence de la société dans son intégralité envers ces femmes meurtries et aux abois. Entre l'atelier qui réfute toute responsabilité et ment ouvertement, le Service de Santé Publique qui n'ose pas se mouiller, l'Inspecteur Médical en chef qui couvre les grosses industries et les avocats du pays qui refusent toute implication, les ouvrières vivent un véritable calvaire pour arriver à faire entendre leur voix. Et encore, selon moi, elles n'ont jamais obtenu ce qu'elles méritaient réellement.

En bref, j'ai été captivée par ce roman historique où les faits scientifiques sont vulgarisés pour une meilleure compréhension du public. Les points de vue fluctuants apportent de l'énergie au récit et la fin, amère, clôt une affaire bien plus compliquée que je ne l'imaginais.


Les points négatifs


Quelques erreurs dans la forme.


La durée de ma lecture


Un jour.


Ma note


Un roman historique qui sonne juste : 5/5.


Informations de publication


2020, Le Lézard bleu, -, 220 pages, ISBN 978-2-9572521-2-1.

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